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Auth. n.197 by the Court of Milan on 25th June 2015

  • FAOUZI GHOULAM ET L’ALGÉRIE DU FOOT QUI VIT A SAINT-ÉTIENNE

    Que se besen, que se besen, que se besen

    et puis, “Argelia, Argelia, Argelia”. Il n’y avaient pas de drapeaux blanc-et-verts ce jour-là au Molinón de Valladolid, mais tout le monde agitait des mouchoirs blancs et criait pour supporter l’Algérie, l’équipe qui allait être éliminé de la Coupe du Monde 1982. En fait, dans le terrain, Autriche et Allemagne étaient protagonistes d’une farce, terminée conformément à leur programmes: 1-0 pour les allemands, un résultat qui donnait la qualification aux deux équipes, au détriment des nord-africains.

    C’était une vraie honte pour la FIFA, mais personne ne dit rien, en se contentant de modifier les règles pour la Coupe du Monde suivante: à partir de là, les derniers matchs des groupes de qualification se joueraient en même temps, pour éviter de donner un avantage à des équipes qui pouvaient savoir à l’avance les résultats des adversaires et se mettre d’accord. Mais pour cette fois, c’était l’Algérie qui payait le prix le plus haut: après avoir battu l’Allemagne Ouest de Kalle Rummenigge, elle allait à la maison. L’Algérie participait à sa première Coupe du Monde, en exposant le talent de Belloumi, Madjer, mais surtout d’un peuple qui a toujours adoré le football, au point d’en faire un symbole de liberté. L’Algérie de 1982 était entrainée par Rachid Mekhloufi, un vrai totem du jeu, placé par Eric Cantona parmi les grands rebelles de l’histoire du football.

    Celle du processus de décolonisation de l’Algérie est une histoire tragique. Complexe et tragique, dans laquelle le foot a joué un rôle important.

    Au milieu des années 50, à Tunis, pendant les premières réunions du Front de Libération Nationale, désireux de mener la lutte pour l’indépendance de l’Algérie de la France, on parle aussi de football. C’est là ou naît une idée éclatante: créer une équipe nationale du FLN, c’est à dire la vraie équipe nationale algérienne, avant même de l’indépendance du pays, pour obtenir des fonds et soutien à la cause révolutionnaire autour du monde. Peu de gens croyaient en ce projet, qui pourtant a duré quatre ans jusqu’à la libération définitive.

    La FIFA, demandée par la fédération française, qui avait déjà disqualifié tous les joueurs qui avaient fait partie de l’équipe du FLN, effaça l’Algérie. Après la libération, malgré les polémiques continuelles, les clubs, sollicités par des supporters amoureux de ces joueurs talentueux, commençaient à réadmettre les algériens dans leurs équipes. Mekhloufi n’avait jamais regretté d’être le symbol de cet équipe-là, et decida de renoncer à l’appel de la France, qui se préparait pour la Coupe du Monde de 1958. C’était une des meilleures équipes nationales de l’histoire française, avec Fontaine et Kopa, où l’algérien aurait même la possibilité d’être titulaire et développer une carrière plus prestigieuse. Mais il a choisi avec le coeur, pour rester à côté de son peuple. Aujourd’hui, il est ambassadeur du Saint-Étienne, l’équipe où il avait grandi et qui lui avait donné une deuxième opportunité au milieu des années 60, quand il avait été encore décisif: trois victoires en championnat, une Coupe de France, et trois titres de meilleur joueur en Ligue 1 attribués par France Football. Au cours des dernières années, il a eu une “obsession” footballistique. Il s’agissait d’un latéral gauche que Mekhloufi avait vu jouer, quand il été encore très jeune, dans l’équipe junior du club de Michel Platini.

    Un latéral gauche qui, il garantit depuis longtemps, pourrait sans problèmes jouer dans le grand Barcelone: il s’appelle Faouzi Ghoulam.

    Et à Naples on peut confirmer que ça n’est pas loin de la réalité, vu ses performances: il arrive souvent jusqu’à la ligne de fond en offrant beaucoup d’assists pour les buteurs. Dernier de dix fils d’une couple née en Algérie (sa mère est concitoyenne de Edwige Fenech) et après transférée en France, en Loire, Ghoulam, au delà d’un pied gauche très éduqué, a une préparation physique considérable. Mérite de son frère Nabil, qui depuis sa jeunesse l’a éduqué au travail, au sacrifice et au soin du corps.

    Quand Rafa Benítez cherchait un latéral gauche de qualité n’était pas troublé par le fait que Ghoulam n’était pas titulaire au Saint-Étienne, après un bon début. Il l’a pris, et avec le temps, exactement comme pour Kalidou Koulibaly, on a compris que l’entraineur espagnol n’avait vu pas mal du tout. Dans la ville il retourne souvent, là où il a laissé les amis avec lesquels il est grandi et des nouveaux supporters: on ne parle jamais mal de lui.

    Et aussi ça est une valeur, pour Faouzi: “stéphanois”, algérien et français.

    Supporter, même aujourd’hui, du Saint-Étienne, garçon entre les garçons d’un monde, celui des banlieues, qui on a du mal à codifier pour sa vitalité, parfois extrême, et problèmes qu’il faut comprendre. Après avoir joué une paire de matchs avec les sélections juvéniles de la France, il a après choisi l’Algérie, certainement aujourd’hui entre les trois sélections nationales le plus compétitives d’Afrique et l’équipe qui a plus mis en difficulté l’Allemagne, qui deviendrait champion du monde (et contre les allemandes Ghoulam était sur le terrain de jeu). Français de passeport, algérien à l’intérieur, comme son congénère Riyad Mahrez, comme Yacine Brahimi et beaucoup d’autres, grandis en Europe, souvent en zones problématiques de la ville et prêts à se prendre une revanche sur le terrain de jeu.

    Les accords d’Évian n’ont jamais défini la question algérienne, “seulement” en ont déclaré l’indépendance. Les incompréhensions ont continué. Un des génies du vingtième siècle, Albert Camus (qu’on a vu en photo avec le maillot du Racing Universitaire d’Alger), grand passionné de foot, mais connu dans tout le monde, heureusement, pour d’autres raisons, ne cachait pas, surtout dans “Le premier homme”, la déception pour la révolution, lui fils de pieds noirs et près des instances de libération des algériens. Il aurait préféré une nation avec plusieurs d’âmes. On peut voir cette opportunité dans la nouvelle génération de joueurs.
    Que les promenades à cheval sur la bande gauche de Faouzi Ghoulam puissent réunir, au delà des passionnés du jeu, aussi deux communautés.

    Même pour montrer vraiment combien il est important le football. Et en Algérie, on en sait quelque chose.

    Photo de couverture ©napolisport.net
    Photo Rachid Mekhloufi ©huffpostmaghreb.com
    Photo Ghoulam au Napoli 1©goal.com
    Photo Ghoulam au Napoli 2©calcio.fanpage.it

    Carlo Pizzigoni

    Carlo Pizzigoni

    Nato a Pero, periferia milanese. Di solito è in giro a vedere cose, specie di calcio. Coppa d’Africa e Mondiali giovanili, visitati in serie e vissuti sul posto, sono le esperienze professionali che più lo hanno soddisfatto, al netto di #SkyBuffaRacconta (prima Storie Mondiali - diventato poi un libro Sperling&Kupfer -, poi Storie di Campioni) e fino al Mondiale 2014 in Brasile. Collabora con Sky, ha scritto per La Gazzetta dello Sport, Guerin Sportivo e per il quotidiano svizzero Giornale del Popolo. Con Guido Montana ha fondato MondoFutbol.com, con l’obiettivo di farne il punto di riferimento italiano per il calcio internazionale.

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