Fabrice Ondoa, le lion indomptable grandi sur les traces de Samuel Eto’o

Je ne suis pas un héros. La Coupe est à toute l’équipe. Ce n’est pas la victoire d’une seule personne. C’est la victoire du groupe.

À 21 ans, Fabrice Ondoa est déjà champion d’Afrique. Les larmes lui montent aux yeux quand il serre la main du président du Gabon, Ali Bongo Ondimba, avant que son capitaine Benjamin Moukandjo soulève la Coupe, en attirant l’attention générale. Il s’efface, avec un grand sourire et il ne pourrait être autrement pour quelqu’un qui vient de vivre le 90 minutes les plus importants de sa carrière.

Mais il y a eu un instant, une heure et demie avant, dans lequel sa main ferme a tremblé.

Le tir puissant et précis de Mohamed Elneny l’avait punit au premier poteau, où le gardien avait coupablement laissé de l’espace. Pendent une heure, le résultat de la final de Libreville n’avait pas été une discussion, avec les Pharaons de Héctor Cúper qui avaient le contrôle de la situation. Puis, les Lions Indomptables ont complété un cycle qui avait commencé longtemps avant: Nicolas N’Koulou et Vincent Aboubakar sortent du banc pour inspirer la victoire parfaite, pendant que les caméras filment une personne spéciale dans les gradins. En levant ses bras au ciel, Samuel Eto’o se réjouit, et tout le Cameroun avec lui.

Je remercie mes idoles qui me donnent des conseilles, comme Samuel Eto’o.

ondoa rinvioDans le post-match, Fabrice Ondoa n’a aucun doute. L’exploit du gardien du Cameroun trouve son origine chez l’ancien Lion Indomptable de l’Inter, qui offre toujours des bonnes performances avec l’Antalyaspor et est très engagé dans sa patrie avec des projets de formation footballistique. En 2016, à 16 ans, Ondoa est accueilli par l’académie fondée par Eto’o, la Fundesport, après son enfance vécue à Ekounou, pas exactement le quartier le plus chic de Yaoundé. Il s’entraine avec son cousin, André Onana, qui s’alterne avec lui dans le rôle de gardien: les premiers pas de la carrière de “Faro“, comme il est appelé dans son quartier, sont raconté par lui-même dans une interview accordé au site de la Liga.

Quand j’étais petit, il n’y avait pas de terrains où je vivais et c’était difficile d’imaginer que quelque joueur camerounais pouvait devenir un footballeur. Il a été comme ça jusqu’au moment où Samuel Eto’o a fondée son centre de formation pour tous les jeunes qui aimaient le football. J’ai commencé à jouer comme gardien et j’ai réalisé que j’aimais bien le faire. Mon père ne voulait pas que je joue au football, il insistait pour me faire étudier, mais grâce à la fondation Samuel Eto’o j’ai pu faire tous les deux, foot et école, j’ai eu une formation humaine et comme joueur.

ondoa irun 2009[Fabrice Ondoa à Irún, Espagne, en 2009: au centre, en maillot violet. Aussi en cette occasion, un tournoi organisé par la Fundesport, il aura gagner le prix pour le meilleur gardien de but.]

Fabrice “Faro” Ondoa restera toujours lié à Samuel Eto’o: trois années après son arrivée à la Fundesport, il est signalé pour un essai au FC Barcelone. La prestigieuse école de La Masia lui ouvre ses portes et son éducation se passe là, où plusieurs de talents du football mondial ont grandi.
Avec les blaugrana il gagne la Youth League en 2014, ensemble au titre comme meilleur gardien du tournoi. Mais dans le moment où les portes de l’équipe nationale s’ouvrent, aussi grâce aux retirements des idoles camerunaises Charles Itandje et Idriss Carlos Kameni, la chance au Barça n’arrive pas. “Faro” n’est plus part du projet, il reste en Catalogne au Gimnàstic de Tarragona et est appélé par le FC Seville, qui tout de même lui envoie à l’équipe des réserves.
Dans son pays aujourd’hui on ne lit que de bons mots, mais au début de cette saison ce n’était pas comme ça. En silence, Ondoa a travaillé avec humilité et sacrifice, jusqu’à ce que l’assist moins attendu lui arrive par son cousin, André Onana, qui avait apparemment eu plus de chance que lui. Titulaire de l’AFC Ajax, il ne veut pas perdre sa place et choisit de ne pas partir pour la Coupe en Gabon.

À sa place, Hugo Broos choisit son cousin Fabrice.

C’est l’une des principales histoires autour du Cameroun Champion d’Afrique, qui bien sûr n’avait pas les pronostiques de sa part au début du tournoi. Sept titulaires, parmi lesquels Onana, ont snobé l’appel des Lions Indomptables. C’est l’opportunité parfaite pour Ondoa, qui devient tout à fait l’étoile du group, quand il décide le penaltyshootout au quarts-de-finale, en liquidant un des favoris pour la victoire finale, le Sénégal, et en donnant aux fans de football un moment clé de la Coupe, avec les larmes interminables de Sadio Mané et un stade entier qui essaiait de le consoler.

Je savais ou allait tirer Sadio Mané,

affirme avec autorité “Faro” à la fin du match, en dévoilant qu’il avait juste réçu une appel qui le rendait très heureux. Celui de Thomas N’Kono, son autre idole, probablement le plus grand gardien de but de tous les temps dans le Continent.

Après le match, il m’a appelé et m’a dit: “Tu as fait honneur à ton idole.”

N’Kono a lui donné une nouvelle conscience, certifiée par les recents surnoms que la presse francophone lui a donné: le “prophète paradoxal” selon SoFoot, “la main ferme” selon AfriqueFoot. Il a aussi réçu les éloges de Roger Milla, un autre immense protagoniste du football africain du vingtième siècle. “Faro” ainsi s’est retrouvé à être le symbole involontaire d’un Pays qui ne croyait même pas à l’exploit il y a un mois, et la part la plus absurde de cette histoire est que le jeune Fabrice, classe ’95 avec un avenir encore tout à écrire, risque de retourner dans l’anonymat de l’équipe-B du Seville.

Peut-être aussi pour ça, peu après la 90ème minute, “Faro” a caché le balon à tous. Pour quelque second il s’est accroupi derrière le but, comme les gamins de la rue au parc quand ils ne veulent pas retourner à la maison. Ondoa ne voulait pas abandonner le match, il ne voulait pas que ce moment finisse.

Avec lui, pour une fois, il y avait tout le Cameroun, avec ses idoles, et les portes tournants d’une carrière qui pouvait devenir grande, ou avoir déjà rejoint son apogée dans une torride nuit à Libreville.

Photo de Ondoa à Irún ©Fundesport
Photos de couverture et du texte ©Getty